Comme sujets de ses croquis à
Blythe Farm et dans les environs, Anne choisit d’authentiques
scènes d'« arrière-pays », sans beaucoup
d'embellissements ni de licences artistiques. L'absence (d'après
les normes esthétiques européennes) de traits «
rustiques », de ruines pittoresques et de décors
« admirables » ne favorisait pas l’idéalisation
romantique.
Néanmoins, Anne était confrontée à
un conflit artistique : comment représenter ce paysage
sans, d'une part, se montrer indûment critique à
l'égard de sa nouvelle patrie – et sans, d’autre
part, compromettre ses compétences artistiques déjà
considérables. Pragmatique, elle adopta des critères
esthétiques nouveaux, en explorant une thématique
inédite : humbles cabanes en rondins, clôtures en
zigzag, vastes étendues sauvages. |
![[Church at Fenelon Falls, Ontario, 1837]](../../../english/on-line-exhibits/langton/pics/8040_church_at_fenelonjpg.jpg)
Church at Fenelon Falls, Ontario, 1837
Anne Langton
Mine de plomb sur vélin crème
18,0 cm x 23,5 cm (7 po. x 9¼ po.)
Code de référence : F 1077-8-1-4-17
Archives publiques de l'Ontario, I0008040 |
Pour la représentation que
nous voyons ici, l’artiste s’est placée en
contre-bas. L'église, à peine visible au sommet
de la colline, est une petite construction dans le lointain, écrasée
par l'immensité sauvage, implacable et apparemment infinie.
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Pendant toute les années passées
au lac Sturgeon, en plus de la direction du ménage, des
travaux de ferme et de ses relations écrites et visuelles,
Anne s'acquitta de tâches communautaires à divers
titres : elle fut la première personne à enseigner
aux enfants de l'endroit et elle établit la première
« bibliothèque de prêt »; elle servit
d'« apothicaire » et d'« infirmière »,
organisa les dons de bienfaisance aux familles pauvres et s'occupe
de l'église.
À l'occasion, elle revenait à la miniature sur
ivoire. |
![[Autoportrait d' Anne Langton], 1840](../../../english/on-line-exhibits/langton/pics/8574_anne_self_portrait.jpg)
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[Autoportrait d' Anne Langton], 1840
Anne Langton
Aquarelle sur ivoire
Code de référence : F 1077-7-1-0-17
Archives publiques de l'Ontario, I0008574 |
La miniature que nous voyons ici est l'un de deux autoportraits
qui font partie de la donation Garland. Le 24 juin 1840, jour
de son trente-sixième anniversaire, Anne écrivait
: « Je… me dirige à grands pas vers l'âge
fatidique de quarante ans! » (LR, 224). C'est à
ce moment – et non quatre ans plus tard, pour marquer
son quarantième et « fatidique » anniversaire
– qu'elle peignit son dernier autoportrait connu.
Un peu avant, elle avait écrit, de façon caractéristique
: « Malgré tous les inconvénients, il y
a tant de bonheur à avoir un but dans la vie, à
se sentir réellement utile aux autres… (GUC, 75). Dorénavant, dans son personnage de dame de la bonne
société « d'un certain âge »,
un peu sourde, avec des parents vieillissants à sa charge,
Anne voyait ses perspectives matrimoniales s’évanouir;
et des préoccupations au sujet de son avenir commencent
à pointer. |
«
[...] Aujourd'hui, j'ai essayé de me confectionner
un chapeau d'hiver, parce que je suis lasse de ma capeline.
J'y vais un peu à l'aveuglette, car je ne sais rien
des formes. Mais il ne serait pas sage de commander par
correspondance, car ce n'est pas n'importe quel chapeau
qui conviendrait à ma physionomie. Je voudrais bien
me procurer une de ces coiffures à la persane, qui
la dissimulerait si bien… »
Anne
Langton, jeudi 17 novembre 1842
(GUC, 209)
Cliquer
ici pour un enregistrement sonore dela
citation en format wav (512ko) ou aif
(512ko). |
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![[Mrs. John Langton [née Dunsford], 1845]](../../../english/on-line-exhibits/langton/pics/8567_lydia.jpg)
Cliquer pour un agrandissement (67ko)
Mrs. John Langton [née Dunsford], 1845
Anne Langton
Aquarelle sur ivoire
Code de référence : F 1077-7-1-0-5
Archives publiques de l'Ontario, I0008567 |

Cliquer pour un agrandissement (71ko)
John Langton, 1845
Anne Langton
Aquarelle sur ivoire
Code de référence : F 1077-7-1-0-4
Archives publiques de l'Ontario, I0008570
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Les deux portraits ci-dessus,
peints l'année du mariage de John et Lydia, sont peut-être
les deux derniers qu'ait exécutés Anne Langton.
Le talent de miniaturiste d'Anne était alors à son
apogée; pourtant, fait ironique, c’est l’époque
où l'artiste accompli était sur le point de céder
le pas au photographe et au processus photographique comme moyen
privilégié de documenter événements
et personnages.
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L'année 1846,
qui suivit celle du mariage de John et Lydia, fut chargée
d'angoisse pour la famille et la collectivité. Cet été-là,
le fléau annuel de la fièvre paludéenne frappa
avec une virulence particulière. Anne, très malade
elle-même, dut s'occuper de sa mère Ellen et de sa
tante Alice, qui moururent à six semaines d'intervalle.
Nombre de voisins succombèrent aussi. Lydia et John perdirent
leur premier enfant, à l'âge de deux semaines.
En 1847, les survivants de la famille se rendirent en Angleterre;
John et Lydia y restèrent trois semaines, Anne y séjourna
trois ans. La résidence de William devint son port d'attache.
Sa vie était à un point tournant. Désireuse
de ne plus se « disperser », elle envisagea d'accepter
un poste d'enseignante dans un pensionnat pour jeunes filles,
dirigé par son amie Eliza Lowe, à proximité
de Londres. Mais, au fond, elle préférait retourner
au Canada. Lorsque John et Lydia l'invitèrent à
vivre chez eux, elle accepta avec joie; elle les aidera à
élever leurs jeunes enfants et à diriger le ménage.
De retour au Canada en 1850, Anne était heureuse de renouer
avec la vie à Blythe. Les petits, Ellen et Thomas, eurent
bientôt un frère, Harry, né en 1851. Désormais
assurée d'un foyer, Anne trouva sa place dans un chaleureux
cercle familial, à titre de sœur et de tante bien-aimée,
comblant ainsi son souhait « de se sentir réellement
utile aux autres ». |
![Blythe farm, Ontario, [vers 1851]](../../../english/on-line-exhibits/langton/pics/8417_blythe_farm.jpg)
Blythe farm, Ontario, [vers 1851]
Anne Langton
Aquarelle
13,7 cm x 23,6 cm (5½ po. x 9¼ po.)
Code de référence : F 1077-8-1-2-53
Archives publiques de l'Ontario, I0008417 |
Elle semble avoir délaissé
son art pendant une année ou deux, vraisemblablement en
raison de ses occupations familiales. Le croquis ci-dessus montre
Blythe Farm dans un décor achevé. Des années
de travaux ardus ont transformé la propriété
en une oasis de bon goût. Ironie du sort, c’est à
ce moment que les Langton s’apprêtent à quitter
« Blythe-in-the-backwoods » – et pour toujours. |
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