Les fondements et l’élaboration d’un bâtiment emblématique du système juridique
À ses débuts, on appelle Osgoode Hall le « Lawyers’ Hall ». Cette première période de développement transforme le site, qui passe d’une aile est de style résidentiel à un bâtiment unifié emblématique du système juridique de l’Ontario. Plusieurs architectes ont contribué à l’empreinte du bâtiment, mais cette expo se consacre à la période déterminante des années 1856 à 1859. Au cours de ces années, le cabinet d’architectes Cumberland et Storm a repensé le cœur du bâtiment: le dôme central a été retiré pour laisser place au magnifique Atrium et à la Grande Bibliothèque, et le cabinet a donné à la majestueuse façade sud la forme distinctive qui caractérise encore Osgoode Hall aujourd’hui.
La collection J.C.B. et E.C. Horwood aux Archives publiques de l’Ontario englobe près de 200 ans de dessins et documents architecturaux. Pour Osgoode Hall, elle conserve d’importants dessins provenant de cabinets d’architectes comprenant Cumberland and Storm, Burke and Horwood, ainsi que Hopkins, Lawford and Nelson. Malheureusement, le manque de documents subsistants portant sur la naissance du bâtiment en 1832 signifie que ses premières années sont moins documentées. Toutefois, les documents existants permettent tout de même de retracer la transformation d’Osgoode Hall en bâtiment unifié emblématique du système juridique.
Les débuts
La mise en chantier d’Osgoode Hall, nommé en l’honneur de William Osgoode (1754–1824), premier juge en chef du Haut-Canada, se fait en 1828, lorsque le Barreau de l’Ontario achète un terrain de six acres au nord-est de ce qui est aujourd’hui la rue Queen et l’avenue University. À l’époque, la ville de York (qui s’appellera bientôt Toronto) ne compte que 5 505 habitants. Le terrain se situe tout juste en dehors des limites de la ville, dans un paysage caractérisé par des pâturages et des vestiges de forêt. Le bâtiment, appelé par la suite « Lawyers’ Hall », est un établissement polyvalent conçu pour fournir des bureaux, des salles de réunion, une bibliothèque, et même des logements pour étudiants. Toutefois, sa conception ambitieuse est portée par une ambition révolutionnaire : en effet, dès 1825, le Barreau de l’Ontario espère que les tribunaux provinciaux s’y installent pour partager le lieu. L’idée de réunir sous un même toit les tribunaux et l’instance dirigeante des avocats constitue une innovation unique née du contexte colonial du Haut-Canada, et elle prépare le terrain pour que l’édifice devienne un symbole du système de justice en Ontario. De nos jours, le lieu est un cas unique de copropriété entre la province de l’Ontario (qui possède les parties tribunaux du bâtiment depuis 1874) et le Barreau, qui demeure propriétaire de la partie est du bâtiment et de la Grande Bibliothèque.
Évolution historique : Phase de fondation (1828–1844)
Le développement physique d’Osgoode Hall a évolué au cours de plusieurs phases clés, et l’édifice est passé d’un établissement semi-résidentiel à un bâtiment emblématique civil unifié. Entre 1829 et 1832, John Ewart, constructeur, et le Dr William Warren Baldwin, trésorier, collaborent sur les travaux de l’aile est, destinée au « quartier des conseillers », en adoptant un style néoclassique géorgien qui reprend un plan domestique à hall central afin d’assurer la stabilité et d’intégrer des logements pour les étudiants en droit.
À la suite de l’achèvement réussi de l’aile est, le Barreau connaît une croissance rapide, ce qui rend nécessaire l’agrandissement de ses installations. Cette situation mène à la construction, de 1833 à 1834, d’un centre, conçu par William Warren Baldwin et construit par l’entrepreneur John Ritchie, qui permet d’offrir des bureaux et des chambres à coucher supplémentaires afin de répondre aux besoins administratifs et résidentiels croissants du Barreau.
Le site atteint un nouveau degré de cohésion entre 1844 et 1846 lorsque l’architecte Henry Bowyer Lane construit l’aile ouest destinée aux tribunaux et ajoute un dôme central ainsi que des portiques assortis à la façade, parvenant ainsi à unifier harmonieusement les différentes parties en un ensemble monumental.
Osgoode Hall, Toronto, plan du rez-de-chaussée
Osgoode Hall, Toronto, plan du rez-de-chaussée, vers 1855 (Collection J.C.B. et E.C. Horwood, dessins architecturaux de Hopkins, Lawford and Nelson pour Osgoode Hall à Toronto [Ontario], C-11-483, AO 9217, Archives publiques de l’Ontario, image I0061371)
Ce dessin architectural montre le plan du rez-de-chaussée existant des travaux d’Henry Bowyer Lane et a été préparé par le cabinet montréalais Hopkins, Lawford et Nelson, alors qu’il examinait et proposait de nouvelles modifications au bâtiment conçu par Lane.
Transcription de l’image
Texte visible dans la partie supérieure :
« OSGOOD HALL »
« TORONTO C.W. »
« PLAN DU REZ-DE-CHAUSSÉE »
Étiquettes des pièces :
« Cour de la chancellerie »
« Cour des plaidoiries »
« Cour du Banc de la Reine »
« Hall »
« Bibliothèque »
« Salle des conseillers »
« Avocats »
« Bureaux »
« Portique »
Inscription manuscrite en haut de la page:
Au rez-de-chaussée.
À l’arrière [bâtiment?] d’environ 33 pi x 25 pi comprenant une entrée privée destinée aux juges et deux
Pièces – ainsi qu’une chambre forte [disons?] semblable à celle de la cour des successions et des tutelles
« Cour du Banc de la Reine »
Les deux bureaux actuels des juges
Seraient regroupés en un seul [disons?] local pour
Le bureau des maîtres – [27 pi?]
Un [passage?] permettrait aux bureaux des juges
de [communiquer?] avec
La partie avant du bâtiment
La professionnalisation de l’architecture
Au début de la construction d’Osgoode Hall, l’architecture n’est pas encore une profession officiellement reconnue ou réglementée au Canada. Le Barreau fait donc appel à des personnes polyvalentes qui allient vision conceptuelle et expertise en construction, ce qui témoigne du caractère multidisciplinaire des grands projets de construction du début du 19e siècle. Dans les modestes débuts du bâtiment, les plans de l’aile est sont axés sur les besoins pratiques, et s’appuient sur les traditions locales de conception des bâtiments plutôt que sur les styles majestueux et unifiés que les architectes professionnels apporteront au projet au cours des années suivantes.
Toutefois, le milieu du 19e siècle marque le passage définitif à des cabinets professionnels qui utilisent des dessins et des plans architecturaux élaborés, au détriment des conceptions amateurs qui prévalaient auparavant. Durant cette période, le modele traditionnel d’apprentissage est encore en vigueur : les futurs architectes apprennent auprès d’architectes établis — souvent formés à l’étranger et venus s’installer au pays — avant l’instauration d’une réglementation officielle de la profession en Ontario. Cette formation pratique est demeurée la norme jusqu’en 1890, année de fondation de l’Ordre des architectes de l’Ontario, et la fondation par l’Université de Toronto du Département d’architecture, le premier du pays.
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L’évolution d’Osgoode Hall : un bâtiment en constante transformation
À venir : Chapitre 02
La majestueuse façade : Ambition architecturale et autorité institutionnelle
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