Les Narrows et The Isthmus - bannière
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Une décennie après l’achèvement de ce projet, Thomas Burrowes a peint une scène qui donne peu d’indices de la misère que cette section du canal a infligée à ses constructeurs. Les flancs de la voie navigable étaient jonchés des gravats que des centaines d’hommes, tentant de relier artificiellement deux grandes rivières, avaient enlevés à la pioche et à la poudre noire.

Aquarelle: Rocky cut at the Isthmus,to join Rideau Lake and the Waters falling into Lake Ontario, looking South, 1841

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Rocky cut at the Isthmus, to join Rideau Lake and the
Waters falling into Lake Ontario, looking South, 1841
Aquarelle
Fonds Thomas Burrowes
Code de référence : C 1-0-0-0-37
Archives publiques de l'Ontario, I0002156

La plus haute élévation du réseau du canal Rideau se trouvait au lac Rideau. De là, la rivière Rideau coulait vers Bytown, tandis que la rivière Cataraqui recevait son eau des lacs et des ruisseaux qui coulaient vers Kingston. Au début, le lieutenant-colonel John By considérait le grand lac comme un réservoir naturel qu’on pourrait facilement exploiter à chaque extrémité, mais lorsque les coûts de main-d’oeuvre liés à une section voisine du canal ont commencé à monter en flèche, il a dû trouver un moyen d’économiser le temps et l’argent. Sa solution radicale consistait à diviser le grand lac en deux.

La dépense imprévue est survenue lors de l’excavation d’une voie navigable artificielle de 1 500 mètres (4 800 pieds) destinée à relier le lac Rideau au lac Mud (appelé aujourd’hui lac Newboro), situé près de Westport, et le bassin de la rivière Cataraqui à la Rideau. Initialement, on croyait que le sol séparant les deux réseaux était composé de boue et de gravier, mais plusieurs entrepreneurs malchanceux successifs ont prouvé qu’il s’agissait de roc de fondation résistant aux techniques ordinaires d’excavation. Pour empirer la situation, la malaria a balayé la région en 1828 et de nouveau en 1829, décimant les travailleurs en les tuant, en les rendant malades ou en les incitant à déserter.

Préoccupé par la lenteur des progrès, le lieutenant-colonel By a construit un autre barrage et un poste d’éclusage sur un passage situé dans le coin sud du lac Rideau, ce qui a haussé le niveau d’eau du lac Mud de presque 1,5 mètre (4 pieds et 10 pouces) et réduit considérablement l’ampleur des travaux d’excavation nécessaires. Cette décision a divisé le lac Rideau en deux lacs. L’extrémité plus élevée, au sud, a été baptisée lac Upper Rideau et la section plus large, en aval, est devenue le lac Big Rideau.

Du côté droit de ce tableau, le bureau original en bois rond de l’ingénieur est toujours debout, alors qu’à gauche du pont à poutre triangulée se trouvent les maisons blanches soignées de la colonie de Newboro, alors en plein essor. Le fortin du poste apparaît au loin, à droite. Les agriculteurs qui traversent le pont vont peut-être au village de Westport, éloigné d’environ 4 kilomètres (2,5 miles) vers l’ouest.

Excavation risquée

Lorsque les entrepreneurs locaux ont abandonné le projet en 1829, blâmant les plaies jumelles du roc et de la malaria, le lieutenant-colonel John By a confié leur section du canal aux Royal Engineers. Les ingénieurs ont envoyé une compagnie de sapeurs et de mineurs accompagnée de 300 ouvriers et d’une provision de poudre noire brute. L’utilisation d’explosifs était une technique nouvelle et dangereuse : des équipes de trois hommes peinaient à forer des trous dans le roc à l’aide de masses et de perforatrices encombrantes, remplissaient les trous de poudre noire et allumaient la charge. Les taux d’accident étaient élevés : des travailleurs inexpérimentés se faisaient sauter en manipulant les explosifs, et la roche qui explosait tuait ou blessait des spectateurs. Après chaque explosion, des hommes munis de masses et de brouettes morcelaient les débris et les emportaient.

Après s’être déplacé vers le sud, Burrowes a reproduit une vue détaillée du poste d’éclusage de The Isthmus avec le lac Mud (appelé maintenant lac Newboro) en arrière-plan. En 1841, la forêt, rasée à l’origine pour prévenir la transmission de la malaria, avait déjà été remplacée par des champs et des jardins.

Aquarelle: Lock &c at the Istmus, the last ascent to the Summit Water of Canal from Lake Ontario, 1841

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Lock &c at the Isthmus, the last ascent to the Summit
Water of Canal from Lake Ontario, 1841
Aquarelle
Fonds Thomas Burrowes
Code de référence : C 1-0-0-0-36
Archives publiques de l'Ontario, I0002155

Étant donné l’importance stratégique des écluses de The Isthmus et des Narrows, on a bâti des fortins pour les défendre contre tout raid visant à ouvrir les lourdes portes des écluses afin d’inonder le réseau du canal. (Pour la même raison, on a bâti une maison éclusière fortifiée en pierre à côté du poste d’éclusage de Poonamalie Rapids, près de l’extrémité nord du lac Big Rideau.) Seulement deux autres fortins ont été construits le long du canal : un à Kingston Mills et l’autre, à Merrickville.

Burrowes donne un aperçu de la modernisation du poste d’éclusage en détaillant clairement comment on utilisait des poutres pivotantes pour ouvrir et fermer les portes plutôt que le système original à chaîne et à patins, qui comportait des treuils manuels. Les poteaux placés de chaque côté des portes de l’écluse faisaient partie d’une porte de sécurité couchée sous l’eau et conçue pour se relever et bloquer l’écluse en cas de jaillissement soudain d’eau.

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