Photographie : William Lyon Mackenzie
William Lyon Mackenzie
Code de référence : S 2123
Archives publiques de l’Ontario

Les Enfants de la paix s’intéressaient autant à la justice politique qu’à la justice économique, c’est pourquoi ils établirent rapidement des liens avec des réformateurs de Toronto tels que William Lyon Mackenzie.

Lorsqu’on a menacé de mettre fin au débat en raison d’incidents politiques violents de la part des Tory pendant les réunions publiques, ces réformateurs ont loué leur propre « salle pour les radicaux » des Enfants de la paix. Dans une petite note parue dans l’Advocate du 17 octobre 1833, on annonçait que l’ancien palais de justice pouvait maintenant accueillir 400 personnes. Dans le même numéro, les Enfants de la paix annonçaient qu’ils tiendraient une réunion de culte à cet endroit le dimanche suivant. Peu de temps après, les Enfants de la paix déclaraient collectivement dans l’Advocate:

« Nous sommes toujours prêts à défendre nos droits
constitutionnels de prendre part à la gestion de la province
et à consacrer nos humbles efforts afin de nommer des
hommes justes au sein du gouvernement, et sans subir
aucune influence, à choisir par nous-mêmes qui doit être à la tête de la province ».
- Advocate, le 5 décembre 1833


William Lyon Mackenzie, rédacteur en chef du journal, membre élu de l’assemblée législative et premier maire de Toronto, il a également mené la rébellion contre le gouvernement britannique en 1837.

Étant donné la crainte généralisée qui existait au sein des cercles de réforme à cette époque, les Enfants de la paix étaient considérés comme de courageux défenseurs de Mackenzie. À son tour, Mackenzie, louangea le groupe.

David Willson avait également inspiré la tenue du « Grand congrès des délégués » en 1834 afin de nommer des candidats réformistes pour les prochaines élections. M. Willson, en bon père, donnait ses conseils sur la façon de diriger une institution si nouvelle et si innovatrice dans le journal l’Advocate, mettant l’accent sur l’importance d’établir un congrès permanent et régulier.

Bien que le Grand congrès visait un peu plus que la centralisation du processus local de nomination de candidats, l’emphase qu’ils mettaient sur le contrôle local des représentants était équilibré par le processus collectif pour définir une plateforme que devaient accepter les candidats locaux. Par conséquent, c’est dans le cadre de ce congrès que nous pouvoir voir germer l’idée d’un « parti » réformiste, d’un « congrès permanent ».


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Advocate, le 21 décembre 1833

Le congrès a eu lieu le 27 février 1834. Le jour précédent, les Enfants de la paix ont organisé un « grand défilé » jusqu’au palais de justice. M. Willson s’est adressé aux délégués et « a les prié de former un congrès permanent », d’organiser un parti afin que les membres puissent

« S’occuper de toutes ses affaires derrière porte close jusqu’à ce que ses plans soient bien concertés et ensuite de les faire connaître à tous aussi loin qu’ils le désirent. Ainsi, vous pourrez vous mettre à l’abri en attendant la bataille et jusqu’à ce que vous ayez toutes les munitions nécessaires, vous éviterez la censure de la population et vous soustrairez vos faiblesses à la vue de l’archer ».
- Advocate, le 20 février 1834


Cette annonce, et bien d’autres parues dans l’ancien journal de Mackenzie, l’Advocate, rapportaient les fréquents défilés des Enfants de la paix ainsi que les mesures politiques qu’ils prenaient pour appuyer la réforme démocratique.

Ce congrès a permis aux réformateurs de remporter majoritairement les élections suivantes à Toronto et dans le comté de York.

L’année suivante, le congrès devint un organisme permanent de la Canadian Alliance Society qui l’avait fondé. Il est important de souligner les facteurs économiques qui ont incité ces groupes de réformateurs disparates à unir leurs efforts.

En 1835, la province vivait une crise économique et les maux économiques qui avaient amené les agriculteurs du district de Home à établir le Magasin de l’agriculteur empirèrent. La première pétition qu’a fait circuler ce nouveau groupe visait la création d’un « Bureau de prêts provincial » établi selon le modèle du Fonds de charité des Enfants de la paix et de la Banque du Magasin de l’agriculteur.

Print: The Honourable Robert Baldwin, [vers 1840]
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The Honourable Robert Baldwin, [vers 1840]
Collection art documentaire
Code de référence : C 281-0-0-0-144
Archives publiques de l’Ontario, I0003075

Bien que le mouvement réformiste ait connu un recul en 1837, les Enfants de la paix ne se sont pas laisser intimider et ont continué d’appuyer la cause. Plus particulièrement, ils joignirent leurs voix à Robert Baldwin et à Louis LaFontaine, les « pères du gouvernement responsable ».

Robert Baldwin se présenta aux élections dans la quatrième circonscription de York lorsque la violence politique à Toronto appuyée par le gouvernement y rendit toute élection impossible. Les Enfants de la paix ont organisé une « Société d’union » afin d’assurer l’élection de Baldwin en 1841. Le nom de cette société faisait référence à la plus vaste « union des deux Canadas » que les Britanniques imposaient au Haut-Canada et au Bas-Canada dans un effort pour étouffer les Canadiens français par une majorité anglophone.

M. Baldwin a été élu dans deux circonscriptions et s’est retiré de la quatrième circonscription de York afin que Louis LaFontaine puisse s’y présenter après qu’il perdit dans sa circonscription du Québec en raison de la violence politique qui y régnait. Les Enfants de la paix ont utilisé leur « illumination » du Temple afin de promouvoir l’élection de Louis LaFontaine. Ils proclamaient fièrement une vision différente de « l’union des deux Canadas ». Robert Willson a déclaré :


« Montrons-leur que nous n’approuvons pas les résultats des élections qui ont été influencés par des émeutes et obtenus par des mesures parlementaires telles que le refus d’accorder une même justice à chaque représentant du Canada ».
Mirror Article: Great Reform Meeting at Sharon (June 7, 1844)
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Toronto Mirror, le 7 juin 1844


Une des premières mesures prises par les électeurs de Louis LaFontaine dans la circonscription québécoise de Terrebonne fut d’envoyer des remerciements aux électeurs de la quatrième circonscription. L’élection de Louis LaFontaine dans la quatrième circonscription de York avait eu l’effet sur lequel comptait Robert Baldwin lorsqu’il s’était lié au parti francophone dirigé par Louis LaFontaine, et qu’il avait ensuite joint ce groupe aux réformateurs radicaux du Haut-Canada qui formaient un groupe plus petit. En fait, c’était les électeurs de la quatrième circonscription de York et ceux de la circonscription de Terrebonne, qui désiraient rappeler à leurs représentants l’importance de leurs votes.








Dans leur message de remerciement, les électeurs de Terrebonne louangeaient ceux de la quatrième circonscription parce qu’ils n’avaient pas de « préjugés nationaux » et parce qu’ils « n’avaient pas d’opinion personnelle, mais plutôt un but commun : une relation fraternelle entre les deux nations ». - Mirror, le 31 décembre 1841.

Les électeurs de la quatrième circonscription répondirent qu’ils avaient été « tout à fait dégoûtés de la perversion des personnes en position d’autorité qui avaient utilisé leur pouvoir aux fins de subversion ». Ils avaient ajouté : « Notre sens du devoir nous a poussés à manifester de la façon la plus forte notre désapprobation des scènes sanglantes et du désordre dont nous avons été témoins pendant les élections dans l’Est du Canada. Nous espérons ainsi briser le mur qui nous sépare en montrant notre appui à nos compatriotes francophones et en leur offrant notre amitié en élisant pour nous représenter une de leurs défendeurs les plus contestés et les plus capables ». - Mirror, le 18 février 1842.

La prétendue « animosité mortelle » qui existait entre les francophones et les anglophones semble avoir été éphémère et ils ont enfin oublié les différences de langage, de culture, de religion et la distance afin de s’unir en vertu des principes d’égalité, de nommer des représentants locaux et d’élire un gouvernement responsable.