Le Prince de Galles, qui allait devenir Edward VII, a inauguré le Osgoode Hall de Cumberland and Storm le 8 septembre 1860. Le Prince est entré par les nouvelles portes principales, a été accueilli dans l’atrium nouvellement bâti et s’est dirigé vers la bibliothèque, où il a dansé toute la soirée.

Invitation au bal du Prince de Galles, 1860
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Invitation au bal du Prince de Galles, 1860
Archives du Barreau du Haut-Canada, 995.022
Éclairage aménagé pour la visite du Prince de Galles, 1860 (détail)
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Éclairage aménagé pour la visite du
Prince de Galles, 1860 (détail)
Cumberland and Storm
Collection J. C. B. et E. C. Horwood
Code de référence : C 11-102, 129(40)
Archives publiques de l'Ontario, AO9162

Les contours de l’édifice étaient mis en évidence par des rangées de jets de gaz à l’occasion de la visite du Prince de Galles.

L’illumination d’Osgoode Hall pour la visite a été décrite comme étant

« plus belle que tout ce qui a jamais été tenté à Toronto »

On a félicité les tuyauteurs, mais des dessins suggèrent que c’était l’oeuvre de Cumberland et Storm.

« Une foule s’est réunie dans l’édifice jusqu’à ce qu’on éteigne le gaz. Tous ceux qui ont vu ce grand spectacle ont indiqué qu’ils l’avaient trouvé tout à fait enchanteur. » - Globe, 8 septembre 1860

Éclairage aménagé pour la visite du Prince de Galles, 1860
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Éclairage aménagé pour la visite du Prince de Galles, 1860
Cumberland and Storm
Collection J. C. B. et E. C. Horwood
Code de référence : C 11-102, 129(40)
Archives publiques de l'Ontario, AO9162

On a décrit ainsi l’édifice à l’occasion de la réception du Prince de Galles :

« Il n’y a en Amérique aucun bâtiment consacré à la loi qui soit plus magnifique qu’Osgoode Hall. Tout ce que l’architecture peut faire pour charmer l’oeil ou donner à l’esprit l’impression de la splendeur s’y trouve. Vos salles de bal montréalaises, vos grands édifices d’exposition sont excellents à leur façon (...) Mais ils se comparent à l’architecture exquise d’Osgoode Hall comme la toile de décor d’un théâtre se compare à l’oeuvre d’un Turner ou d’un Claude. » - Globe, 10 septembre 1860

Après le gala d’inauguration, les architectes, les dessins et l’édifice ont pris des chemins différents. Cumberland a progressivement délaissé l’architecture pour poursuivre ses autres activités. Un certain Frederic William Cumberland est devenu membre étudiant du Barreau en 1864. Existait-il un autre Fred Cumberland à Toronto, ou l’architecte voulait-il demeurer près de son chef-d’oeuvre?

Dessin : Osgoode Hall, clôture en fer et portes, 1866
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Osgoode Hall, clôture en fer et portes, 1866
Collection J. C. B. et E. C. Horwood
Code de référence : C 11-702-0-3(649)
Archives publiques de l'Ontario, AO9128

Storm a continué seul et est devenu l’architecte favori du Barreau. Osgoode Hall lui doit notamment sa célèbre clôture, sa Grande salle, un ajout à son école de droit et son électrification.

Storm a gardé les dessins. À son décès en 1892, Edmund Burke, autre architecte torontois reconnu, a repris son cabinet et a hérité des dessins. En 1894, Burke est devenu associé de J. C. B. Horwood, avec qui il a travaillé jusqu’à son décès prématuré en 1919.

Les dessins sont demeurés chez Horwood, qui s’est ensuite adjoint son fils, l’architecte E. C. Horwood. Celui-ci a fait don des dessins aux Archives publiques de l’Ontario à sa retraite.

Depuis, les dessins ont ravi de nombreux historiens en architecture et ont été précieux dans la planification des réparations et des rénovations d’Osgoode Hall.

Aujourd’hui, Osgoode Hall reste le siège de la Cour d’appel de l’Ontario et du Barreau du Haut-Canada. Sa fonction n’a pas beaucoup changé : un avocat de 1865 voyageant dans le temps reconnaîtrait son alma mater et son lieu de travail. Osgoode Hall n’en est pas immuable pour autant, car on l’a modifié considérablement à certains égards.

Photographie : Détail de la salle d’audience 4 (appelée anciennement salle du Banc de la Reine), Osgoode Hall, 2006 - 2
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Détail de la salle d’audience 4 (appelée anciennement
salle du Banc de la Reine), Osgoode Hall, 2006
Barreau du Haut-Canada

Il ne reste presque rien de la clôture en fer originale, par exemple, mais son essence perdure. On peut dire la même chose de certains éléments en verre, voire en pierre qui ont commencé à s’éroder peu après leur installation.

Photographie : Détail de la salle d’audience 4 (appelée anciennement salle du Banc de la Reine), Osgoode Hall, 2006 - 1
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Détail de la salle d’audience 4 (appelée anciennement
salle du Banc de la Reine), Osgoode Hall, 2006
Barreau du Haut-Canada
Photographie : Détail de la Grande bibliothèque, Osgoode Hall, 2006
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Détail de la Grande bibliothèque, Osgoode Hall, 2006
Barreau du Haut-Canada
Photographie : Détail de la salle d’audience 4 (appelée anciennement salle du Banc de la Reine), Osgoode Hall, 2006 - 3
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Détail de la salle d’audience 4 (appelée anciennement
salle du Banc de la Reine), Osgoode Hall, 2006
Barreau du Haut-Canada
Photograhie : Détail de la salle d’audience 4 (appelée anciennement Banc de la Reine), Osgoode Hall, 2006 - 2
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Détail de la salle d’audience 4 (appelée anciennement
Banc de la Reine), Osgoode Hall, 2006
Barreau du Haut-Canada
Photographie : Détail de la rotonde, Osgoode Hall - 1
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Détail de la rotonde, Osgoode Hall
Barreau du Haut-Canada

































































L’architecte provincial a dû réagir à l’effritement de certains ornements en pierre comme ceux-ci quelques décennies après leur installation. Selon un document contemporain, on a peint toutes les surfaces de pierre pour stopper la détérioration.

Ce qui est pour nous un trésor architectural était surtout un lieu d’affaires pour ses propriétaires. Il a donc souffert des utilisations et, parfois, des mauvais traitements liés aux fonctions pratiques et au désir de réduire les coûts. En 1889, on a chargé Storm de trouver la cause d’une odeur nauséabonde dans l’édifice. Son rapport fait frémir. Le sous-sol abritait plusieurs chiens vivant parmi des piles de pelures de pomme de terre pourries et la moisissure. Des siphons d’appareil sanitaire secs permettaient aux gaz d’égout de pénétrer dans le bâtiment, où des carneaux de chauffage mal condamnés les amenaient jusqu’aux étages supérieurs. Cependant, la source principale de l’odeur était une fosse septique dont on avait fermé l’alimentation en eau afin d'économiser.

Dessin : Osgoode Hall : cabinets d’aisances et cendrier [vers 1885]
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Osgoode Hall : cabinets d’aisances et cendrier, [vers 1885]
Collection J. C. B. et E. C. Horwood
Code de référence : C 11-728(683) 9
Archives publiques de l'Ontario

Les sections de Cumberland and Storm sont en meilleur état que la plupart des autres. On doit une partie de cette longévité à l’affection. L’édifice a été applaudi à sa construction, il a survécu à la dangereuse période intermédiaire pendant laquelle un bâtiment n’est ni à la mode, ni patrimonial et il a maintenant acquis le respect et l’amour que confère la vieillesse.

Photographie : Osgoode Hall, mai 2001
Osgoode Hall, mai 2001
Barreau du Haut-Canada