L'Ontario français durant les 17e et 18e siècles : Contact - bannière

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L’Amérique du Nord était peuplée depuis des milliers d’années lorsque les premier Européens sont arrivés. Les contacts entre les Premières nations et les nouveaux venus eurent un profond impact sur les deux cultures. La traite des fourrures alimenta le commerce transatlantique, et les Européens apprirent des techniques qui facilitèrent leur adaptation à ces nouveaux territoires.

Aux premiers habitants du continent, le contact amena des produits inconnus jusque là, mais les maladies européennes et les effets d’un peuplement blanc toujours croissant disloquèrent leurs sociétés, et les décimèrent même dans certains cas. Les tentatives européennes de conversion des Premières nations laissèrent elles aussi leurs marques.

Pour les Européens comme pour les Autochtones, cette rencontre en était une avec l’inconnu, et l’impression que chaque groupe retint de l’autre influença grandement leurs relations.

Champlain, Samuel de. Œuvres de Champlain / 2e édition. Québec : G.-É. p. 513

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Champlain, Samuel de.
Œuvres de Champlain / 2e édition. Québec : G.-É.
Desbarats, 1870. vol. 4, face à la page 25.
Bibliothèque des Archives publiques de l'Ontario, 971.011 CHB

Champlain, Samuel de. Œuvres de Champlain / 2e édition. Québec : G.-É. p. 569

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Champlain, Samuel de.
Œuvres de Champlain / 2e édition. Québec : G.-É. Desbarats, 1870. vol. 4, face à la page 81.
Bibliothèque des Archives publiques de l'Ontario, 971.011 CHB

L’idée que les Européens se faisaient des Premières nations fut conditionnée par leur croyance en la supériorité de leur propre culture et de leur religion. Souvent, les Autochtones étaient représentés comme des « sauvages » adorateurs du Diable.

Une vision plus positive, comme celle du jésuite français Charlevoix au début du 18e siècle, mettait parfois l’accent sur les qualités « naturelles » des Autochtones, en contraste avec la « civilisation » européenne avec ses faiblesses morales et son appât du gain.

« La plupart ont véritablement une noblesse, & une égalité d’âme à laquelle nous parvenons rarement avec tous les secours que nous pouvons tirer de la Philosophie et de la Religion. Toujours maîtres d’eux-mêmes, dans les disgraces les plus subites, on n’aperçoit pas même sur leur visage la moindre altération (…) Mais ce qui surprend infiniment dans des Hommes, dont tout l’extérieur n’annonce rien que de Barbare, c’est de les voir se traiter entr’eux avec une douceur & des égards que l’on ne trouve point parmi le Peuple dans les Nations les plus civilisées »

Pierre-François-Xavier de Charlevoix.
Journal d’un voyage fait par l’ordre du roi dans l’Amérique septentrionale.
Paris : P. F. Giffart, 1744, vol. 6, p 8-12,.
Bibliothèque des Archives publiques de l'Ontario, 919 CHB

Les Missions - bannière

La conversion des « païens » au christianisme était, avec le commerce, le principal objectif de l’expansion française dans l’intérieur. Les missionnaires cherchaient non seulement à convertir les populations qu’ils rencontraient, mais aussi à remplacer les cultures locales par la « civilisation » française.

Un des premiers historiens de la Nouvelle-France, Gabriel Sagard, écrivait en 1636 :

« Il y en a d’autres qui voyagent (…) pour porter le flambeau de l’Evangile par tout le monde suivant le commandement que le Sauveur donna à ses Apostres. Allez par tout le monde, & preschez l’Evangile à toute creature. C’est ce dernier motif qui sous la saincte obéissance nous a fait entreprendre le voyage des Hurons & des Canadiens (…) pour en secourant nos frères du Canada, y porter le flambeau de la cognoissance du fils de Dieu & en chasser les ténèbres de la barbarie et infidelité. »

Sagard, Gabriel. Histoire du Canada et voyages que les frères mineurs
recollects y on faicts pour la conversion des infideles depuis l’an 1615.
Nouvelle édition/Paris: Librairie Tross, 1866. vol. 1, p. 22,
Bibliothèque des Archives publiques de l'Ontario, 971.01 SAG 1

Une des missions les plus importantes fut celle menée auprès des Hurons (Wendats) de la baie Georgienne, un peuple sédentaire fortement lié aux Français.


Les Récollets arrivèrent en Huronie en 1615, suivis des Jésuites en 1626. En 1648, 25 missionnaires jésuites vivaient parmi les Hurons.

Sainte-Marie-au-Pays-des-Hurons, un petit établissement fondé en 1639 au cœur du pays huron, servait de base aux missionnaires et abritait un petit groupe de donnés, de serviteurs et de soldats.

Sainte-Marie devint donc le premier établissement français de l’intérieur. Il était constitué d’une enceinte européenne fortifiée, entourée d’un village à palissade qui servait les Hurons convertis.

La photographie à droite montre des canots naviguant sur la rivière Wye, près d’une reconstitution moderne de Sainte-Marie-au-Pays-des-Hurons.

Photographie : Canots sur la Wye, passant près de Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons, 1968

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Canots sur la Wye, passant près de
Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons , 1968
Photographie noir et blanc
Photographies de promotion touristique
Code de référence : RG 65-35-1, 5-C-1468
Archives publiques de l'Ontario, I0017253

« Cette maison n’étant pas seulement pour recevoir les nostres mais estant un abord continuel de toutes les nations voisines, & plus encore des Chrestiens qui y viennent de toutes parts pour diverses necessitez, mesme pour y mourir avec plus de repos d’esprit, & dans les veritables sentiments de la Foy, nous nous sommes vous obligez d’y faire un hospital pour les maladies, un cemetiere pour les morts, une Eglise pour les devotions du public, une retraite pour les pelerins, enfin un lieu plus separé où les infidels qui n’y sont admis que de jour au passage y puissent toutefois recevoir quelques bons mots pour leur salut. »

Relation de ce qui s’est passé de plus remarquable en la Mission des Pères
de la Compagnie de Jésus, aux Hurons pais de la Nouvelle-France;
Depuis le mois de Juin de l’année 1642, jusqu’au mois de Juin de l’année 1643,
dans The Jesuit Relations and Allied Documents/ Ruben Gold Twaites, ed.
Cleveland: Burrows Brothers Company, vol. 26, p. 200 et 202,
Bibliothèque des Archives publiques de l'Ontario, 271.5 THW.


Photographie : Église, Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons, 1968

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Église, Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons, 1968
Photographie noir et blanc
Photographies de promotion touristique
Code de référence : RG 65-35-1, 3-E-0268
Archives publiques de l'Ontario, I0017255

Malgré les efforts des Jésuites pour intégrer le christianisme à la culture autochtone, leur mission eut un succès mitigé et seulement une minorité de Hurons – surtout les jeunes et les aînés – se convertirent.

Les Hurons étaient divisés entre traditionalistes hostiles aux Jésuites et un « parti chrétien » supporté par les Français.

La nation huronne et la mission jésuite furent toutes deux détruites par les Iroquois entre 1648 et 1650. Quelques centaines de Hurons se réfugièrent de façon permanente près de Québec et d’autres furent dispersés en petits groupes dans la région des Grands Lacs, mais la majorité de la population fut tuée ou assimilée par la confédération iroquoise.


Les Jésuites abandonnèrent Sainte-Marie, puis une seconde mission (Sainte-Marie II) située sur une île de la baie Géorgienne. Huit Jésuites et donnés, tués entre 1642 et 1649, furent plus tard canonisés par l’église catholique sous le vocable de « saints martyrs canadiens ».

L’église à droite fut construite en 1926 à Midland, près de Sainte-Marie-au-Pays-des-Hurons.

D’autres missions furent établies plus tard, habituellement près des principaux postes de traite. Leur succès fut mitigé, et aucune n’atteignit l’importance de la mission en Huronie.

Photographie : Le sanctuaire des martyrs, 1953

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Le sanctuaire des martyrs, 1953
Ministère du Tourisme et de la publicité,
Direction de la publicité
Diapositive
Code de référence : RG 65-35-3, 11764-X2826
Archives publiques de l'Ontario, I0005552


Le gouvernement de l’Ontario a reconstruit Sainte-Marie-au-Pays-des-Hurons durant les années 1960 comme attraction touristique et site interprétatif. Les photographies ci-dessous montrent le site reconstruit.

Photographie : Plan de Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons, 1964

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Plan de Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons, 1964
Photographie noir et blanc
Photographies de promotion touristique
Code de référence : RG 65-35-1, 7-D-0664
Archives publiques de l'Ontario, I0017254

Photographie : Interior of the residence, Sainte-Marie among the Hurons, 1968

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Intérieur de la résidence,
Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons, 1968
Photographie noir et blanc
Photographies de promotion touristique
Code de référence : RG 65-35-1, 6-L-2568
Archives publiques de l'Ontario, I0017256

Les épidémies - bannière

Les Européens amenaient avec eux non seulement des produits et leur religion, mais aussi des maladies jusqu’alors inconnues des Premières nations, comme la variole, contre lesquelles ils possédaient une relative immunité.

Des épidémies mortelles attaquèrent d’abord les nations côtières, les premières à entrer en contact avec les Européens. Les maladies se répandirent ensuite dans l’intérieur, affectant les populations locales, parfois avant même leur rencontre avec les Européens.

La première épidémie rapportée dans la région des Grands Lacs eut lieu en 1634, et fut suivie de huit autres sur une période de treize ans. Certains villages perdirent jusqu’à la moitié de leur population, au moment même où les missions et le commerce européens changeaient leur monde. Un missionnaire jésuite décrivit les effets des épidémies :

« Elle a été si universelle parmy les Sauvages de nostre cognoissance que je ne sçay si aucun en a quitté les atteintes. Toutes ces pauvres gens en ont été fort incommodez, notamment pendant l’Automne, tant en leurs pesches qu’en leurs moissons. Plusieurs bleds sont demeurez sous les neiges, grands nombres de personnes en sont mortes; il y en a encore à présent qui ne sont pas gueris. »

Relation du père Le Jeune, 1635,
dans The Jesuit Relations and Allied Documents/ Ruben Gold Twaites, ed. Cleveland:
Burrows Brothers Company, vol. 8, p. 88,
Bibliothèque des Archives publiques de l'Ontario, 271.5 THW.

Les épidémies affectèrent les relations entre les Français et les Premières nations, ces dernières blâmant les Européens et leur religion pour les maladies dont elles étaient les victimes.

« Les Algonquins & les Hurons & ensuite les Hiroquois, à la solicitation de leurs captifs ont eu, & quelques-uns ont encore une haine & une horreur extrême de notre doctrine, disant qu’elle les fait mourir, & qu’elle contient des sorts et charmes qui causent la destruction de leurs bleds, & qui engendrent des maladies contagieuses et populaires dont maintenant les Hiroquois commencent d’être affligés. »

Relation de ce qui s’est passé en la Nouvelle-France sur
le grand fleuve de Saint-Laurens en l’année 1647,
dans The Jesuit Relations and Allied Documents/ Ruben Gold Twaites,
ed. Cleveland: Burrows Brothers Company, vol. 31, p. 120,
Bibliothèque des Archives publiques de l'Ontario, 271.5 THW.


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