La guerre de 1812 : Kingston et la région du Saint-Laurent : Protection de la chaîne de ravitaillement - bannière

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Le ravitaillement du Haut-Canada

Lettre En 1812, l’économie du Haut-Canada était principalement agricole et n’avait pas la capacité industrielle voulue pour se suffire en matière d’armes, de munitions et d’équipements. La nécessité où se trouvait la milice de servir pendant la saison de campagne, soit la saison des cultures, affaiblissait encore la capacité de la province de pouvoir nourrir l’armée outre sa population.

La plupart des provisions et fournitures essentielles à l’effort de guerre devaient être expédiées dans le Haut-Canada depuis la Grande-Bretagne, les colonies de l’Atlantique ou le Bas-Canada. Il était donc primordial de protéger les « communications » et la chaîne de ravitaillement, tâche dévolue aux forts, aux navires et aux hommes.

Le fort Wellington était le plus considérable des postes établis entre Montréal et Kingston pour protéger les communications.

Cette vue du fort remonte à 1830 et dépeint les principaux ouvrages de terrassement tels qu’ils étaient dans les derniers mois de la guerre. Le fort sera agrandi et renforcé pendant la rébellion de 1837 et à la suite d’une nouvelle menace de guerre avec les États-Unis, au cours des années 1840. Le fortin qui domine aujourd’hui le fort a été construit pendant cette dernière période.

Aquarelle : Fort Wellington, Prescott, octobre 1830

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Fort Wellington, Prescott, octobre 1830
Thomas Burrowes
Fonds Thomas Burrowes
Aquarelle
Code de référence : C 1-0-0-0-78
Archives publiques de l'Ontario, I0002197


[Sketch map of Upper Canada showing the routes Lt. Gov. Simcoe took on journeys between mars 1793 et septembre 1795], [1795]

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[Sketch map of Upper Canada showing the routes
Lt. Gov. Simcoe took on journeys between
mars 1793 et septembre 1795], [1795]
[Elizabeth Simcoe]
Fonds Famille Simcoe
carte
Code de référence : F 47-5-1-0-37
Archives publiques de l'Ontario, I0004757

Le Saint-Laurent était une voie de prime importance pour acheminer les fournitures vers le Haut-Canada et vers les Premières Nations du Nord-Ouest.

La carte qu’on voit à gauche, dessinée par Elizabeth Simcoe, retrace les grandes routes de transport du temps.

Des bateaux servaient à transporter les marchandises en vrac sur le Saint-Laurent, de Montréal à Kingston et au-delà, des dépôts fortifiés étant prévus à Cornwall et à Prescott. Les voies d’eau, bien que sous la menace des forces navales américaines du lac Ontario, étaient plus sûres que les quelques routes en mauvais état du temps.

Dessin d’un bateau, [1814]

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Dessin d’un bateau, [1814]
Collection Mme Edward Kemp
Dessin
Code de référence : F 360, O.S. 1-8
Archives publiques de l'Ontario, AO 5985

Les bâtiments de ce type se prêtaient bien au transport des provisions, ayant un faible tirant d'eau et pouvant recevoir de forts chargements. Ils étaient mus à l’aviron ou à la voile et convenaient à la navigation lacustre et fluviale.

Thomas Ridout comptait parmi ceux qui assumaient la tâche ingrate de la garde et de l’expédition des provisions et fournitures grâce auxquelles les armées pouvaient faire campagne.

« Dernièrement, j’ai été implacable avec mes subalternes de ce port, que j’ai surpris à détourner des provisions et des stocks dont je suis responsable. »

« Tous les jours, 12 batteaux [sic] arrivent ici [Cornwall] de Lachine, à destination de Kingston, chargés de provisions et de fournitures. Nous avons posté des troupes le long du fleuve, comme mesure de protection. »

Extrait d'une lettre originale de Thomas G. Ridout (Cornwall) à son père,
Thomas Ridout, 1er mai 1814
Fonds Famille Thomas Ridout
Code de référence : F 43, MU 2390
Archives publiques de l'Ontario

La pénurie de vivres et, en contrecoup, l’escalade des prix restreignaient gravement la capacité du gouvernement en matière de ravitaillement, des civils aussi bien que des militaires, et de financement de l’effort de guerre. À la fin de 1814, Drummond, en sa qualité de président du conseil, donna l’ordre suivant - dans l’espoir de stabiliser les prix et d’empêcher la population d’accumuler secrètement des provisions. Cette mesure n’aida sans doute pas à détendre les relations entre les autorités militaires et les civils.

« Monsieur,

Les prix tout à fait exorbitants qu’exigent les fermiers pour la moindre denrée et le fourrage nécessaires aux troupes de Sa Majesté en campagne dans la province incitent Son Honneur le lieutenant-général Drummond - dans le but de mettre un frein à ce système d’extorsion qui prévaut de manière générale tout en suivant le principe le plus juste et le plus libéral - à demander aux magistrats des divers districts de dresser pour ces articles, aux fins d’adoption et de transmission comme information et guide, une grille de prix qui leur semblent, après mûre réflexion et compte tenu des circonstances actuelles, justes et équitables tant pour le gouvernement que pour les particuliers. …

Vous reconnaîtrez sans peine l’opportunité d’une réglementation de ces prix, de façon que, lorsque les articles sont enlevés aux frais de l’acheteur ou livrés par le fermier à un poste ou dépôt militaire quelconque, cette question ne soulève pas de différends. »

Lettre ciculaire du bureau du Président au sujet de la règlementation des prix, 29 novembre 1814

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Lettre ciculaire du bureau du Président au sujet de la règlementation des prix, 29 novembre 1814
Reproduction d'un document original
Fonds Sir Gordon Drummond
Code de référence : F 955
Archives publiques de l'Ontario

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La contrebande

L’intendance de l’armée britannique comptait sur l’importation des États-Unis des vivres devant s’ajouter aux provisions reçues de Grande-Bretagne et du Bas-Canada. Fermant les yeux sur le commerce illégal, les fonctionnaires américains locaux se trouvaient ainsi à contribuer à l’effort de guerre britannique.

Extrait d'une lettre originale de Thomas G. Ridout (Cornwall) à son père, Thomas Ridout, 19 juin 1814

Extrait d'une lettre originale de Thomas G. Ridout (Cornwall)
à son père, Thomas Ridout, 19 juin 1814
Fonds Famille Thomas Ridout
Code de référence : F 43, boîte MU 2391
Archives publiques de l'Ontario

Cliquer ici pour écouter un extrait de la lettre en format ".wav" (657ko) Cliquer ici pour écouter un extrait de la lettre en format "wav" (657ko) L'extrait est également disponible en format "aif" format (657ko)

Vous pouvez lire une transcription de l'extrait c-dessous. Cliquez sur ces liens pour voir la lettre au complet.

« J'ai conclu une entente avec un magistrat yankee pour approvisionner notre fort en bœuf frais. Un major l'accompagnait lors de la signature de l'entente, mais comme il était [président] du grand jury au tribunal où le gouvernement poursuit le magistrat pour haute trahison et contrebande, il nous a tourné le dos pour ne pas être témoin de la signature. »


« J’ai acheté 200 bœufs des Yankees en leur donnant en paiement des Half Eagles… Ici, la farine coûte 14 dollars le baril, mais de grandes quantités sont arrivées à Québec en provenance de France et d’Angleterre, de sorte qu’il n’y aura pas de pénuries. »

Extrait d’une lettre originale de Thomas G. Ridout (Cornwall)
à son père, Thomas Ridout, 9 juillet 1814
Fonds Famille Thomas Ridout
Code de référence : F 43, MU 2390
Archives publiques de l’Ontario

« Tu n'as peut-être pas entendu parler – ou alors te refuses à y ajouter foi – du sacrifice éhonté qui a été fait, de propos délibéré, de quelque six ou sept cents traîneaux chargés de provisions. La manière dont cette opération a été menée a suscité beaucoup de controverse. Les gens ne se privent pas de dire que ces provisions ont été vendues à l'ennemi. J'avoue que cela en a toutes les apparences. Tu verras une déclaration à ce sujet dans le journal de Coleman… »

Extrait d'une lettre originale de Nathan Ford (Ogdensburg, New York)
à son frère, David Ford, 11 mars 1814
Fonds Famille Ford
Code de référence : F 483, MU 1054
Archives publiques de l'Ontario

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La course à l'armement

Lettre La proximité de Montréal et de son port protégé avaient rapidement fait de Kingston la principale base navale britannique du lac Ontario. Une suite de batteries et de fortins avaient été construits afin de protéger les chantiers de construction maritime et l’escadre à l’ancre. Bien qu’ayant plusieurs fois envisagé d’attaquer la base en raison de sa grande importance stratégique, les États-Unis ne firent jamais de tentative directe pour la détruire ou s’en emparer. Le chantier naval de Kingston avait produit la plupart des navires de guerre britanniques qui naviguaient sur le lac Ontario, y compris le HMS St. Lawrence, doté de 120 canons, soit davantage que le Victory, bâtiment amiral de Nelson à Trafalgar.

Réalisé plus d’une décennie avant la guerre, le dessin de droite montre que Kingston était déjà un centre d’importance et un port florissant.

Dessin : Kingston

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Kingston, 26 juillet 1796
Elizabeth Simcoe
Fonds Famille Simcoe
dessin
Code de référence : F 47-11-1-0-241
Archives publiques de l'Ontario, I0006356


Dessin d’un navire devant être construit à Kingston en 1815, [1814]

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Dessin d’un navire devant être construit à Kingston en 1815, [1814]
Collection Mme Edward Kemp
Dessin
Code de référence : F 360, O.S. 13-1
Archives publiques de l'Ontario, AO 5984

La course à l'armement entre les chantiers navals ennemis du lac Ontario devait durer pendant toute la guerre. Dans les deux camps on construisait des bâtiments de guerre de plus en plus gros, qui devaient surpasser les meilleurs bâtiments de la flotte britannique de l’Atlantique. Le navire représenté ci-dessus, qui n’a apparemment jamais été construit, devait mesurer 107 pieds de long et 30 pieds de large, avec une portée en lourd de 410 tonnes. On ignore le nombre de canons dont on se proposait de l’armer.

Mais aucun des deux côtés ne voulait s’exposer aux risques d’un combat à grand déploiement sur le lac Ontario. À plusieurs reprises, les deux flottes se croisèrent à une certaine distance, avec des dommages restreints. Le pire désastre naval à survenir sur le lac Ontario fut le naufrage des USS Hamilton et USS Scourge lors d’une tempête, en 1813.

Gravure : The USS General Pike and HMS Wolf, 28 septembre 1813

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The USS General Pike and HMS Wolf,
28 septembre 1813
Collection de photographies des
Archives publiques de l'Ontario
Gravure
Code de référence : S 1431
Archives publiques de l'Ontario

Le navire en cale à York que mentionne Maclean (à droite) est le General Brock; ce bâtiment fut brûlé lorsque les forces britanniques se retirèrent de la ville en avril 1813, pour empêcher les Américains de l’utiliser.

Le terme « vaisseau de trente canons » est une description approximative. Les canons dont étaient pourvus les bâtiments de cette dimension variaient en nombre selon leur taille (le poids du boulet), le choix de la caronade à canon court plutôt qu’à canon long, de même que toute une gamme d’autres facteurs.

« Il y a quelques jours, environ quatre-vingts charpentiers de marine sont arrivés ici [York] de votre province, et on devrait bientôt voir s'étaler sur les attinages la quille d'une canonnière de trente pièces. On m'apprend qu'un vaisseau de dimensions semblables doit être construit à Kingston. J'espère que nous allons reprendre la maîtrise des Lacs, si honteusement perdue, mais cela me semble douteux. En effet, l'idée ne me plaît pas de voir notre Marine s'éparpiller entre différents ports… Dans cette province, nous souhaitons vivement qu'on prépare une expédition pour attaquer le port de Sackets, de façon à détruire la flotte et le matériel de l'ennemi à cet endroit… »

Extrait d'une lettre originale de
Donald Maclean (York) à Charles
Stewart, 11 janvier 1813
Collection mixe
Code de référence : F 775, MU 2102
Archives publiques de l'Ontario

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