Anne Langton, dame de bonne famille, pionnière et artiste : Les dernières années - bannière

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Après la retraite de John, la famille Langton habita Toronto, tout d'abord au 23, avenue Prince Arthur (1878-1885) à Yorkville, lieu qui abrite maintenant, par coïncidence, le siège national de la Women's Art Association of Canada.

Anne coula alors des années heureuses, à écrire et à peindre sur porcelaine. Ces activités semblent avoir pris de l'importance pour elle avec le temps, au fur et à mesure qu’empira sa surdité, à compter du milieu des années 1860.

En 1880, à l'âge de 76 ans, elle retourna en Angleterre une dernière fois (séjour qui ne dure que six mois, ce qui est « court » pour elle!), pour accompagner le plus jeune de ses neveux « canadiens », Hugh Hornby Langton, dont c'est le premier voyage à destination de la mère patrie. Ensemble, ils firent la tournée de multiples hauts-lieux familiaux, dont le bien-aimé Blythe Hall.

En 1885, les Langton déménagèrent pour la dernière fois, pour s'établir au 123, rue Beverley : autre lien avec le monde des arts, puisque la maison était située en bordure de la propriété où s'élève maintenant le Musée des beaux-arts de l'Ontario.

Photographie : Anne Langton late in life (détail), [vers 1890]

Anne Langton late in life (détail), [vers 1890]
Photograph le noir et blanc
Photograph inconnu
Code de référence : F 1077-11-10-5
Archives publiques de l'Ontario, I0011268

Également en 1885, John Langton, dans une lettre adressée à Thomas Need, écrivit : « Toute ma famille va bien, y compris ma sœur, qui, à 82 ans, est plus occupée que jamais, à sa peinture du matin au soir » (John Langton à Thomas Need, août 1885, Archives publiques de l’Ontario, fonds Thomas Need).

Au cours des neuf dernières années de sa vie – ses « tournées de croquis » ayant pris fin – Anne peignit quasi exclusivement à l’intérieur, sur des pièces de fine porcelaine. L'inventaire des pièces qu'elle a décorées à la main pendant cette période énumère plus de 300 objets; la plupart devaient servir de cadeaux à des membres de la famille et à des amis intimes; certains ont été réalisés pour des ventes de charité telles que des bazars, au profit d’églises de Toronto, de Peterborough et de Lindsay. On n'a retrouvé qu'une douzaine de ces pièces.

Image of three miniature portraits in a frame

Les deux portraits du bas représentent Ellen et Thomas Langton. Le portrait du haut représente Thomas Langton dans sa jeunesse; il est donc possible qu’il n’a pas été peint par Anne.
Anne Langton
Aquarelle sur ivoire
Code de référence : F 1077-7-1-0
Archives publiques de l'Ontario, I0011272

Anne s’est éteinte dans la maison de la rue Beverly en 1893, un mois avant son 89e anniversaire, et John l’a suivi en 1894. Ils reposent, aux côtés de Lydia, l'épouse de John, des enfants de John et Lydia et de leurs conjoints, dans la concession familiale du cimetière St. James, en surplomb du ravin de Rosedale.

L'œuvre artistique d'Anne Langton atteste son talent artistique et son inlassable activité au service de l'art de même que de sa vision personnelle de la vie dans le Nouveau Monde. Si elle avait décidé de gagner sa vie en qualité d'artiste – en Angleterre, du moins – ce talent aurait été gage de réussite. De plus, ses écrits sont un témoignage vivant de la force de caractère de cette femme remarquable, de son ressort face à une adversité persistante et de son altruisme (vis-à-vis de sa famille et de la collectivité), sans parler de sa vivacité d'esprit et d'une douce ironie.

Anne Langton a laissé un riche héritage, qui permettra aux générations futures de Canadiens de se reconnaître des racines culturelles. Sa production artistique constante et considérable, qui embrasse près de six décennies, constitue un ensemble documentaire unique sur la présence des femmes dans l'art canadien des débuts.

Anne est morte apparemment satisfaite de ses réalisations, aimée et estimée de toute sa famille. Hugh Hornby Langton, qui devait éditer ses lettres et son journal intime pour leur publication en 1950, sous le titre « A Gentlewoman in Upper Canada », avait été nommé bibliothécaire en chef à l'Université de Toronto une année à peine avant le décès de sa tante; il assurait ainsi la continuité du lien familial avec l'établissement et la ville

Hugh Hornby Langton a écrit cette épitaphe de sa tante bien aimée :

« L'âge lui ayant interdit le croquis en plein air, Anne Langton s'est tournée vers la peinture sur porcelaine, et aura donc exercé son art jusqu'à son dernier souffle. Mais… son but réel dans la vie était de se rendre utile à la famille de son frère, et, en cela, elle a exceptionnellement réussi. Pour tous ses membres, elle a été une seconde mère, attentive, affectueuse et toujours prête à réconforter. »


Hugh Hornby Langton, 1950
(GUC, 246)

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Heureusement, l'œuvre d'Anne Langton nous est parvenue, préservée d'abord par sa famille, puis, en grande partie maintenant, par des établissements publics. Son art pictural et ses écrits intimes nous rendent compte, de manière intelligente et sensible, d'une période cruciale dans l'histoire sociale du Canada des débuts.

Par certains côtés, les écrits de l’artiste font écho à ceux des premiers colons européens en Amérique du Nord (et dans d'autres anciennes colonies britanniques), dont certains personnages de marque chez ses contemporains et quasi contemporains, visiteurs et colons Elizabeth Simcoe, Anna Jameson, Mary O'Brien, Jane Ellice, Catharine Parr Traill, Susanna Moodie...

La portée de l'héritage de l'artiste peut maintenant déborder largement la durée de sa vie, permettant à ses descendants culturels de mieux apprécier leurs origines.

Anne Langton continue certes d'être « utile aux autres » : d'innombrables générations auront désormais accès à ses images et croquis verbaux et à l'époque qu'ils dépeignent, grâce aux techniques de pointe de la conservation dans des établissements tels que les Archives publiques de l'Ontario.

Thomas Langton [aquarelle, miniature sur ivoire], 1833

Thomas Langton [aquarelle, miniature sur ivoire], 1833
Anne Langton
Aquarelle sur ivoire
9,8 cm. x 7,6 cm. (4 po. x 3 po.)
Code de référence : F 1077-7-1-0-7
Archives publiques de l'Ontario, I0008568